Pourquoi la valeur de l’image est en danger?

Photographe documentaire au Havre, je réalise des reportages métier, événementiels et des packshots créatifs pour la communication et le brand content, à destination des artisans, institutions et entreprises locales.

Payer en “visibilité” : le faux bon plan
Il y a quelques années, proposer des photos “pour la visibilité”, c’était marginal.
Aujourd’hui, c’est devenu presque banal.
“On ne peut pas te payer, mais tu seras crédité.”
“Ça te fera de la pub.”
“Tout le monde y gagne.”
En réalité, personne n’y gagne, sauf l’organisateur.
La visibilité :
- ne paie ni le temps passé,
- ni le matériel,
- ni les charges,
-ni les assurances,
- ni l’expérience.
Payer en visibilité, ce n’est pas une alternative économique :
c’est une absence de rémunération, maquillée sous un mot valorisant.
Et surtout, cette pratique installe une idée dangereuse :
👉la photo n’aurait pas de valeur financière.

“Je suis amateur, j’ai le droit” : une idée reçue tenace
Beaucoup pensent qu’un photographe amateur peut réaliser quelques prestations “de temps en temps”, accepter une contrepartie, sans cadre particulier, tant que ce n’est pas son activité principale.
La réalité est plus nuancée.
En France, il est possible de déclarer des revenus occasionnels, notamment dans le cadre des bénéfices non commerciaux (BNC).
Mais cette possibilité ne constitue pas un droit à exercer une activité photographique, même ponctuellement.
Dès lors qu’il y a :
- une rémunération,
- un avantage en nature (entrée gratuite, repas, hébergement),
- une prestation organisée ou répétée,
-> l’activité sort du cadre de l’occasionnel et entre dans celui d’une activité économique, qui doit être clairement déclarée et encadrée.
Qu’on se revendique amateur ou professionnel ne change rien juridiquement :
ce n’est pas l’intention qui compte, mais la réalité des faits.
Le problème n’est donc pas la passion, mais le moment où elle devient une prestation sans cadre clair — pour le photographe comme pour l’organisateur.
L’amateur passionné : légitime… mais pas interchangeable
Attention: cet article n’attaque pas les amateurs.
La photographie amateur est essentielle :
- elle nourrit la passion,
- elle fait émerger des regards,
- elle permet d’apprendre.
Mais un amateur passionné n’est pas interchangeable avec un photographe professionnel.
Pourquoi ?
Parce qu’un professionnel :
- assume un cadre légal,
- engage sa responsabilité,
- garantit une utilisation claire des images.
Accréditer un amateur “parce qu’il accepte gratuitement” ne le valorise pas :
👉 cela dévalorise le métier de photographe dans son ensemble.
Photographie documentaire d'artisanat d'art : gros plan sur le verre en fusion, fumée et pince de travail, captation de la matière brute et de la chaleur de l'atelier.
Crédit photo et signature : une confusion fréquente
Autre idée reçue très répandue :
“La signature sur la photo, c’est pareil qu’un crédit.”
Non.
La signature est un marquage visuel.
Le crédit photo est une obligation légale.

Un crédit photo :
- identifie l’auteur,
- respecte le droit d’auteur,
- est obligatoire lors de toute diffusion.
Sans crédit, même avec autorisation, il y a infraction.
Cette méconnaissance du droit d’auteur participe elle aussi à la banalisation du travail photographique.
L’IA : des images parfaites, mais sans vécu
L’intelligence artificielle a ajouté une nouvelle confusion :
Pourquoi payer un photographe si je peux générer une image ?”
Parce que l’IA :
- ne documente rien,
- ne témoigne de rien,
- ne vit rien.
Elle produit des images plausibles, pas des souvenirs.
Un reportage photo, c’est :
- une présence humaine,
- une interaction,
- un contexte réel,
- un instant vécu.
Face à l’IA, la photographie de reportage devient justement un repère du réel, un contrepoids au faux parfait.
Conclusion : remettre du cadre pour redonner de la valeur
La photographie n’est pas morte.
Mais elle est fragilisée par :
- le gratuit banalisé,
- la confusion amateur / professionnel,
- la méconnaissance du droit,
- et la facilité technologique.
Redonner de la valeur à la photo, ce n’est pas être élitiste.
C’est simplement remettre du cadre, du respect et de la clarté.
Parce qu’une photo importante :
- se prépare,
- se vit,
- se protège,
- et se rémunère.
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