Un voyage dans le présent pour faire revivre le passé

Cette rubrique rassemble des projets construits autour des véhicules, de ceux qui les font vivre et des univers qui les entourent. Concessions, professionnels de l’automobile, motos, rencontres ou études visuelles : ici, je m’intéresse autant aux machines qu’à l’atmosphère, aux détails, aux gestes et aux personnes qui leur donnent une histoire.

Les photos présentent sur cette page, ne seront pas dans l'Expo 
Comment est née la rencontre avec Frank ?
À l'origine, il n'était pas question d'exposition.
Je cherchais simplement à développer mon approche du reportage photographique. Pour cela, il me fallait un premier sujet, un lieu où apprendre à observer, à raconter une histoire en images.
Je me suis alors tournée vers Frank Tatouage.
Au Havre, son nom est connu depuis des décennies. Son atelier possède une véritable histoire et je me suis dit que, si j'obtenais son accord pour réaliser un reportage, ce serait une belle opportunité de progresser. Sans vraiment y croire, je lui ai envoyé un message.
Quelques jours plus tard, sa réponse est arrivée : il acceptait.
Ce premier reportage reste un souvenir particulier. Je découvrais un univers que je ne connaissais pas et, surtout, une façon de photographier très différente de ce que j'avais pratiqué jusque-là. Je ne savais pas encore exactement ce que je cherchais à raconter. J'observais, je photographiais, je me laissais guider par ce qui se passait autour de moi.
En rentrant, une image s'est rapidement imposée.
Un portrait de Frank, en noir et blanc.
La première photographie dont j'ai été véritablement fière.
Je ne l'ai montrée à personne. Elle est restée dans mes archives jusqu'au jour où j'ai décidé de la faire tirer en laboratoire, de l'encadrer et de l'offrir à Frank.
Sans le savoir, cette photographie marquait le début de quelque chose.
Au fil des mois, nous avons continué à échanger. Chacun avait envie de construire un projet commun, sans parvenir à lui donner une forme précise. Frank souhaitait mettre en lumière mon travail de photographe. De mon côté, j'avais envie de le remercier pour sa confiance, son accueil et la chance qu'il m'avait offerte lors de ce premier reportage.
Puis un détail a tout changé.
En retombant sur un ancien article consacré à Frank, j'ai réalisé qu'il s'apprêtait à fêter quarante ans de métier.
L'idée est apparue presque naturellement.
Pourquoi ne pas raconter ces quarante années à travers une exposition photographique ?
J'ai repris contact avec lui pour lui parler de cette intuition. L'idée lui a immédiatement plu.
J'ai alors commencé à écrire un véritable projet. Très vite, le texte d'introduction de l'exposition est né. Puis sont venus les thèmes, les prises de vue, le parcours du visiteur et la manière dont cette histoire pouvait être racontée.
Cette fois, le projet existait.
Il ne restait plus qu'à le construire, image après image...
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Pourquoi avoir choisi un projet documentaire plutôt qu'une série de portraits ?
Lorsque Frank a fêté ses 35 ans de métier, une série de portraits de ses clients avait été réalisée. Chacun posait avec son tatouage, mettant en lumière les histoires gravées sur la peau.
C'était une belle idée.​​​​​​​
Mais je savais dès le départ que je ne voulais pas suivre cette direction.
D'abord parce que ce projet existait déjà. Ensuite parce que ce n'est tout simplement pas ma manière de photographier.
Je ne suis pas une photographe de portrait au sens classique du terme.
Ce qui m'intéresse, c'est ce qu'il y a autour.
Un lieu.
Des objets.
Des gestes répétés depuis des années.
Une lumière.
Une présence.
Je ne voulais pas raconter le tatouage.
Je ne voulais pas raconter le métier de tatoueur.
Je voulais raconter Frank.
L'homme qui, depuis quarante ans, ouvre chaque jour la porte de son atelier. Celui qui a vu défiler plusieurs générations de clients, traversé les évolutions du tatouage, connu les modes, les changements et les rencontres.
Finalement, cette exposition parle moins du tatouage que du temps.​​​​​​​
Comment raconte-t-on quarante années de vie sans montrer quarante années d'archives ?
Comment évoquer le passé sans quitter le présent ?
Ces questions sont devenues le fil conducteur de tout le projet.
C'est ainsi qu'est née l'idée d'un travail documentaire.
Prendre le temps d'observer, de revenir, de photographier un lieu qui continue de vivre, des objets qui portent les traces des années, des gestes devenus presque invisibles à force d'être répétés.
Petit à petit, ce n'était plus un reportage.
C'était une histoire qui s'écrivait en images.
Comment construit-on une exposition photographique ?
Lorsque j'ai terminé les prises de vue, je me suis retrouvée avec près de 800 photographies.
Au fil des semaines, un premier tri s'est imposé. Certaines images racontaient quelque chose, d'autres étaient simplement réussies. À la fin de cette sélection, 113 photographies avaient trouvé leur place.
Mais une exposition de 113 images n'avait aucun sens.
L'idée s'est alors imposée naturellement.
Quarante ans de métier.
Quarante photographies.
À partir de là, le travail le plus difficile a commencé.
J'ai fait imprimer les 113 images au format 10 × 15 cm. Puis je les ai toutes étalées devant moi.
Pendant plusieurs jours, je les ai déplacées, retirées, replacées. Certaines photographies que j'aimais beaucoup ont disparu de la sélection. Non pas parce qu'elles étaient moins réussies, mais parce qu'elles racontaient une autre histoire ou prenaient trop de place dans le récit.
Une exposition n'est pas une succession de belles images.
C'est un chemin.
Chaque photographie doit conduire naturellement vers la suivante, créer un rythme, susciter une émotion, faire naître une question.
Lorsque cette première sélection a pris forme, je l'ai présentée à Frank.
Je lui ai montré les 113 photographies retenues, puis les quarante images qui composeraient finalement l'exposition.
Son regard était important. Après tout, cette histoire parlait aussi de lui.
Il s'est immédiatement reconnu dans le récit qui se dessinait.
À partir de ce moment-là, l'exposition a réellement commencé à exister.
Les textes sont venus compléter les images. J'ai retranscrit des anecdotes entendues au fil des reportages, des souvenirs évoqués entre deux séances, des détails qui ne pouvaient pas être photographiés mais qui participaient pleinement à l'histoire.
Petit à petit, les photographies sont devenues une exposition.
Et le projet, jusque-là composé de centaines d'images dispersées, s'est transformé en un véritable parcours où chaque photographie a trouvé sa place.
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